Eloge de Michel Bénard, critique d’art,

Lauréat de l’Académie française,

Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres.

Samedi 13 juin 2015

 

 

 

Cénacle Européen Francophone des Arts & des Lettres

Prix Charles Ciccione 2015


Marie-Fa Lazzari

Photographe professionnelle multidisciplinaire

 

 

 

Il me semble que Charles Ciccione qui nous observe en cet instant se réjouit du choix  judicieux que nous lui avons réservé encore cette année. Une femme photographe, aux aptitudes multidisciplinaires.  

En premier lieu je lui transmettrai les félicitations du photographe Pierre-Yves Ginet, notre lauréat du Prix Charles Ciccione 2014 qui se réjouit lui aussi  que ce soit une femme, Marie- Fa Lazzari, qui soit lauréate cette année de ce prix prestigieux, lui qui a tellement pris d’engagements pour la défense des femmes dans le monde, et je vous rappelle un de ses ouvrages photographiques majeurs : «  Femmes en résistance » publié aux éditions Verlhac.

Aspect n’ayant rien d’anodin, notre lauréate nous vient du monde des lettres modernes, au titre de professeur, issue de la faculté Paul Valéry de Montpellier, avant de se consacrer à la photographie. Convenez qu’il n’y a pas de hasard, Marie-Fa Lazzari devait indéniablement se  rapprocher du Cénacle Européen francophone des Arts & des Lettres.

Simple survol de son cursus, Licence, Maîtrise, DEA de Lettres.

Puis ce sera la révélation de la photographie il y a environ une vingtaine d’années.

Une véritable fascination opère en elle, les jeux de la lumière, de l’ombre, l’intériorité, l’intimité de l’image la transporte au point même de bouleverser sa vie.

Pour elle la photographie est un don nous dit-elle : « Photographier, c’est faire de la lumière reçue une lumière offerte. » N’y a-t-il pas ici une forme d’altruisme, de spontanéité à partager ?

Il faut savoir que Marie-Fa Lazzari est une photographe à part entière, ce qui n’est pas particulièrement fréquent actuellement.

Déjà, elle travaille encore en argentique, réalise elle-même ses tirages en N&B et en couleurs. Pratique la macrophotographie et diverses techniques mixtes  permettant de s’exprimer un peu hors du cadre traditionnel. Le numérique n’est pas pour autant proscrit.  

Belle réminiscence avec ses études en lettres, elle insère souvent dans ses œuvres de l’écriture, textes ou poèmes multiples qui se mettent en adéquation avec l’image. Elle aborde pratiquement tous les thèmes de la photographie, avec quelques variantes relatives à l’abstraction, l’imaginaire, l’éphémère. Marie-Fa Lazzari a soif de nouveauté, d’insolite, elle rompt avec le conventionnel et la tradition, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne la respecte pas, bien au contraire elle est la base fondamentale. 

Par le biais de la photographie, Marie-Fa Lazzari cherche un contact avec le monde dans lequel elle évolue, l’image lui permet de jouer à passe muraille, d’atteindre la poétique de la forme et de la lumière, saisir l’éphémère, d’immobiliser l’instant qui passe, fixer la lumière, faire en sorte d’aller au-delà des réalités du monde.

Prenons un petit peu de temps pour nous engager sur les thématiques de Marie-Fa Lazzari.   

Ses métamorphoses sont imprégnées d’un extrême et sensible climat poétique, apparence, ombre, transparence, calligraphie suggérée, souffle inspiré. Elle transforme le monde en visions insolites, le mot métamorphose est tout à fait approprié, tout devient passion, pulsion d’un cœur offert à l’ouverture de l’objectif.

Marie-Fa Lazzari entretient la magie de l’enfance et de l’étonnement en espérant pouvoir cueillir dans une fraction de seconde, le souffle éphémère de la poésie.

Transcender l’image ordinaire en la sacralisant, en la métamorphosant en icône. Aller jusqu’à habiter l’image.

 

 

Cela conduit notre amie à construire elle-même son espace imaginaire, alors elle use du photomontage, du collage, de l’assemblage qui lui permettent de découvrir d’autres univers où les poètes peuvent rêver. Ce sont bien là les jeux mystérieux de la métamorphose où l’imaginaire est roi.

Par la scanographie, Marie-Fa Lazzari procède à la fragmentation de l’objet pour recomposer une image investie de mystère et de poésie puisés dans des détails minéraux ou végétaux.

Donner naissance à des formes, couleurs, textures, déformations nouvelles. Jouer toujours et encore de l’étonnement, de la surprise, du hasard créatif, dévoiler l’invisible.

Marie-Fa Lazzari prend plaisir aussi à rendre des hommages sur des thèmes choisis comme par exemple les oiseaux du maître du mystère, Alfred Hitchcock.

Ainsi notre amie à partir de clichés classiques pris sur le vif transpose en laboratoire un univers fantastique et merveilleux.

Parfois Marie-Fa Lazzari, joue les touristes, pour errer à pas lents dans les ruelles écartées de Venise, se plonger au cœur de la cité, prendre son pouls, respirer ses dédales et distiller sa beauté au travers de son objectif.

Traduire cette beauté fugitive sous toutes ses facettes.

Son amour des arbres, principe même de la vie, fera qu’elle en exécutera les plus belles calligraphies naturelles, que les branches dessinent au fronton du ciel. C’est également ce rêve de reconstruire le monde à partir de la pureté d’un trait, en cela Marie-Fa Lazzari rejoint l’esprit extrême oriental.

En conclusion nous ébaucherons un infime survol de l’ensemble des multiples facettes créatives donnant un bel écho de l’identité photographique si éclectique de notre lauréate.

L’œuvre de cette dernière est marquée du sceau d’un souffle onirique.

En définitive, Marie-Fa Lazzari se fait poétesse de l’image qu’elle suspend pour notre plus grand plaisir.

Il lui arrive parfois de taquiner l’abstraction visuelle, la fragmentation de l’image, la déstructuration du visible ordinaire pour en faire une composition extraordinaire enveloppée de délicatesses linéaires aux nuances aquarellées.

Photographe témoin de son temps, Marie-Fa Lazzari arpente villes et paysages en quête de l’identité insolite des lieux. Venise, avec son linge dans les ruelles marginales et ses chats errants, la Camargue dans l’œil d’un cheval, les bords de mer dans l’apogée des ombres et des lumières. Puis ce besoin d’infini où l’homme perd notion du temps et du réel pour se sentir projeté sur l’intemporalité d’un reflet.

Photographier pour Marie-Fa Lazzari, c’est aller vers l’essentiel, c’est se mettre en quête de l’image, être attentive au moindre signe fugitif ou insolite, déceler ce qui se soustrait au regard et le fixer sur la pellicule. C’est conjuguer dans une fraction de seconde le sujet, la lumière et l’ombre.

C’est anticiper, authentifier, contraster, pérenniser une situation, mais surtout toujours demeurer dans l’étonnement et l’émerveillement de l’enfant. 

 

 

Michel Bénard.

Lauréat de l’Académie française.

Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres.